Aux éditions In Press

Les éditions In Press nous proposent trois revues, toutes parues depuis le printemps 2013.

•    L’Année psychanalytique internationale 2013
Cette revue célèbre sa dixième année de parution, Sa mission: faire circuler des pensées et approches d’auteurs issus de diverses cultures psychanalytiques internationales grâce à la parution d’une sélection d’articles en traduction française.
Chaque texte est traduit par une équipe dans le souci de garantir la justesse de la traduction.
La transmission semble toujours étroitement associée à notre monde affectif, c’est ainsi qu’un texte prendra toute sa saveur lorsqu’il est lu dans sa langue maternelle.
Tâche difficile, comme Freud l’exprimait en 1937: traduire, tout comme la psychanalyse, faisait partie des professions impossibles.
La traduction peut fonctionner comme un tremplin afin d’élargir son horizon.
Ma sélection, parmi la dizaine de contributions, toutes intéressantes:
Dana Birksted-Breen, psychanalyste à Londres: « Prendre le temps: le tempo de la psychanalyse ».
Si l’approche de l' »ici et maintenant » semble de plus en plus répandue, elle n’échappe cependant pas à certains pièges. Plus qu’une technique, elle repose sur un ensemble de corpus théoriques et de structures de base de la psychanalyse.
Il est donc essentiel d’ancrer l’attention analytique dans une temporalité, mais engendrée par l’écoute flottante. Telle la notion de rêverie, décrite par Bion, qui en constitue une version plus contemporaine, incluant la notion de tempo, une position tierce qui permet de gérer pièges et impasses, principalement avec des patients ayant un accès déficient de la pensée symbolique.
Le thérapeute risque dans certains cas d’adopter le rôle d’une « idée surévaluée » en raison de son angoisse dépressive et sentiment d’impuissance.
« Rêver le patient », dans l' »ici et maintenant » permet de créer l’espace nécessaire à la transformation et au passage du temps.
C’est en analysant une série d’impasses dans des cures que Dana Birksted-Breen arrive à la constatation que cet espace tierce de « rêverie » ainsi que  » prendre le temps » manquaient cruellement dans les cas analysés.
Une mise en garde à propos de certaines techniques thérapeutiques actives actuellement très populaires.
Ruggero Levy: « De la symbolisation à la non-symbolisation dans le champ du lien: des rêves aux cris de terreur causés par une présence absente » (l’auteur est membre de la société psychanalytique de Porto-Alegre).
L’auteur désigne le trauma comme un échec lié à la dépendance.
Si une mère ne parvient pas à accueillir les identifications projectives de son bébé ou si elle le rejoint dans sa panique, le nourrisson va concevoir une angoisse de mort et une terreur sans nom. Un bon développement de l’enfant est basé au contraire sur la capacité de la mère à maintenir une continuité (Winnicott), à aider à constituer un appareil à penser les pensées (Bion).
Le trauma semble lié à l’échec de cette dépendance.
Les expériences sont enregistrées sous une forme brute à un niveau protomental et sont difficilement identifiables par le patient. Elles ne peuvent qu’être évacuées, somatisées, hallucinées ou agies avec une intense énergie.
L’autre est vécu comme intrusif et violent.
Les contenus traumatiques semblent automatiquement séquestrés, au-delà de toute articulation.
Les techniques actives, créatives, permettent parfois une « mise en scène » dans laquelle il devient possible de « haïr le bon objet » et d’aboutir ainsi à l’éclosion d’un transfert « délirant », ce qui – dans une certaine mesure – peut restaurer la confiance détruite.
L’auteur propose d’élargir les grilles d’observations de Bion, afin de retrouver de possibles points de rencontres.


•    Le Divan Familial, Revue de thérapie familiale psychanalytique, N°30/ Printemps 2013:

Livraison consacrée aux mutations cliniques et au renouvellement technique
Alberto Eiger: « Du contre-transfert à l’interprétation ».
Les interprétations les plus percutantes semblent inspirées par notre contre-transfert.
Comment résonnent alors les grandes mutations que connaissent les couples et les familles actuelles?
Etranger au groupe familial, l’analyste peut se sentir submergé par un sentiment d’étrangeté. Alors comment gérer son contre-transfert qui implique nécessairement une régression et un retour aux craintes de notre enfance, par exemple : le fait de découvrir des aspects bizarres chez autrui ou chez soi ?
Si, au départ, le thérapeute de couple ou de la famille est souvent vécu comme « persécuteur », il peut aussi rapidement être « happé » dans un monde archaïque. Le défi du thérapeute consistera donc à exister, tout en s’effaçant et de devenir un contenant de liens pour d’autres, différents de soi. Passage possible seulement en intégrant ses propres éprouvés.
Brigitte Baron-Préter: « Le scénodrame familial ».
De la narration individuelle à l’histoire collective jouée en famille ».
L’approche est mise au point au cours des années 1990 dans l’approche avec des groupes d’enfants souffrant de pathologies lourdes ou ayant subi des traumatismes graves.
Le scénodrame est une approche analytique de groupe dont le but est de permettre la création d’enveloppes contenantes et favoriser ainsi de nouvelles représentations.
Description d’une séance: il s’agit d’un emboîtement concentrique, le directeur et l’observateur décrivent un cercle extérieur qui contient un cercle intérieur, dans lequel se trouvent famille et thérapeutes autour d’un troisième cercle, une table. Cet emboîtement concentrique a pour but de favoriser l’expérience contenante des enveloppes groupales.
Au centre de la table, de l’eau (espace non limité). Des objets de couleurs différentes sont proposés, afin de permettre à chacun de se différencier et de se protéger en posant des barrières. Le directeur de la séance propose une co-rêverie et articule ensuite son scénario à partir des histoires exprimées par le groupe familial. Les objets deviennent des médiateurs métaphoriques, transformés et donnant accès à une altérité.
En fin de séance, le directeur du jeu s’installe face à l’observateur, entouré par la famille en dehors du cercle de la table. L’échange qui suit permet à chacun de s’exprimer, une présence attentive des thérapeutes qui se vivent comme « appui-dos psychique ».
Cette approche est réalisée à l’L’hôpital universitaire de Rennes, dans le service du professeur Tordjman.
Richard Durastante et Christiane Joubert: « Le photolangage© en séance de thérapie familiale psychanalytique ».
Les familles en difficulté sont fréquemment captives d’éléments transgénérationnels impensables et irreprésentables. Des scènes « brutes » qui, souvent, se répètent au fil des séances. L’utilisation d’une médiation, tel le photolangage© permet en thérapie familiale psychanalytique d’introduire des scènes tierces et transformationnelles et d’éviter des face-à faces trop excitants.
Les fondements théoriques de cette approche, renvoient à la notion de « scénalité » (B.Duez), qui considère que la famille doit être prise en compte dans sa groupalité originaire, en écho à la groupalité interne originaires des thérapeutes.
Ce « fond commun » forme le socle des alliances inconscientes (R. Kaës) et va permettre à chacun de redistribuer sa place et son rôle dans la famille.
Le photolangage© active l’inter-fantasmatisation et favorise une réinscription de la famille dans une histoire commune, une nouvelle contenance groupale.

•    Libres cahiers pour la psychanalyse, « En deçà des mots », sous la direction de Catherine Chabert et Jean-Claude Rolland avril 2013
La revue s’inspire d’un texte de Freud et l’interroge à la lumière de la clinique, de la théorie, de l’art et de la littérature. Le contenu de ce numéro explore, comme son titre l’indique, différents aspects du langage.
Jean-Claude Rolland « Le double langage de la parole »
La langue comme institution culturelle peut corriger la brutalité de la nature, mais court le risque de museler l’expression. Moi et parole doivent évoluer indépendamment, la conscience surgit – nous dit l’auteur – lorsque ces deux instances se réconcilient ponctuellement.
Le processus analytique trouve son plein développement lorsque la parole s’affranchit de la tutelle du Moi. Pour Freud, le processus de la parole doit se dérouler de manière automatique. Comme le poète d’ailleurs, l’analysant use de mots qui ne sont pas immédiatement entendus ou identifiés. Ils doivent d’abord être transformés dans une actualisation transférentielle et contre-transférentielle. Ce n’est qu’à partir de ce moment que la parole prendra toute sa fonction comme médiatrice.
Les littératures les plus narratives – l’auteur évoque Flaubert et Balzac – proposent au lecteur des descriptions souvent très longues et minutieuses. Au-delà de la beauté, ne s’agit-il pas d’une démarche afin d’acheminer vers la conscience une vérité inouïe, informulable par voie directe ?
Jean-Yves Tamet, »La psychanalyse est avant tout un art de l’interprétation »
Il semble difficile de saisir d’avance la valeur ou la justesse d’une interprétation. Le but n’est jamais de clore par une interprétation, mais bien de susciter une relance. Ce qui revient à dire que l’analyste ne peut intervenir que s’il est devenu un « allié objectif ».
Mais alors comment choisir les mots et quand les dire?
Dans « Quelques types de caractères », Freud comparait l’art du poète et l’interprétation. Le poète se détourne de son activité mentale et de pensée critique pour entrer en contact avec les états d’âmes du héros. (analyste/analysant).
Une sorte d’équivalent d’une langue maternelle, qui ressemble à celle nouée avec l’objet primaire.
Alors quel est le moment fécond d’une interprétation? Il devrait se situer face à une opposition où les objets de plaisir et d’attachement résistent au dévoilement.
Ce qui ressort de la plupart des contributions, c’est le respect d’un tempo: ne pas chercher à tout prix à comprendre de suite.
Jean-Luc Donnet: « Dire le transfert »
L’auteur estime que l’association libre reste une référence centrale, cependant l’évolution des conceptions de la cure s’est complexifiée, rendant plus difficile l’évaluation précise de son impact.
Les mouvements transférentiels sont toujours inconscients, le repérage et la mise en sens fait fondamentalement partie du travail analytique.

L’enjeu du dire reste fondamental, dans le va-et-vient entre l’ici-maintenant et le jadis-ailleurs. La parole est aussi transférentielle, en parlant à l’analyste, on peut découvrir à qui elle s’adresse vraiment.
Et de conclure par la formulation de Jean-Claude Rolland ; « La psychanalyse, c’est l’exploration par la parole de l’expérience du Transfert ».

 

Maître Sophie Cohen, Le conjoint prédateur ou Le guide juridique de la survie conjugale

Trop souvent les thérapeutes de couples ou médiateurs familiaux et juridiques se trouvent confrontés à des tentatives de manipulation de la part de conjoints prédateurs, détruisant encore davantage « l’autre ».

Partant de son expérience en tant qu’avocate, Sophie Cohen décrypte ce phénomène de société qui n’a cessé de s’amplifier au cours de ces dernières années. On en parle peu dans la mesure où le prédateur s’avance prudemment, veillant à donner toujours une belle image de lui. Cependant sa dangerosité est sans limite et difficilement identifiable. Il ou elle – le plus souvent il – s’avance masqué, causant des dégâts considérables.

Comment repérer les premiers signes des agissements de ces prédateurs ? Comment s’en protéger et s’en dégager ? Le processus destructeur engagé par ces pervers narcissiques laisse des traces profondes, débouchant sur un véritable anéantissement psychologique.

Il y a quinze ans, la psychanalyste Marie-France Hirigoyen a été une des premières à aborder ce phénomène du harcèlement moral et de la perversion au quotidien. Une destruction qui se réalise par le biais d’une violence insidieuse. En privé, sans témoins. La victime est contrainte de se conformer, petit à petit, à son agresseur, dans un déni total de sa personnalité. Elle n’a plus de pensée et devient une chose : sa chose.

Cependant, lorsque la victime réagit ou veut quitter le partenaire prédateur – à ce moment, elle est déjà le plus souvent épuisée, vidée de toutes ses énergies et totalement piégée par les menaces et les manipulations – le prédateur n’hésite devant aucun moyen pour l’anéantir.

Le pervers est décrit comme un grand enfant dans un corps d’adulte, il perçoit et traite son partenaire comme son « jouet » qu’il préfère casser dès lors qu’il tentera de lui échapper. Matérialiste, il manifeste un rapport obsessionnel vis-à-vis de l’argent. Plus il semble posséder et plus il a le sentiment d’exister. Dans la vie de couple, il s’arrange, afin d’assumer la gestion matérielle et de faire ainsi main basse sur le patrimoine familial.

L’enfance des prédateurs semble marquée par la négation de leur propre personnalité. Très jeunes, ils ont été obligés de se construire une personnalité factice afin de se donner l’illusion d’exister et de se conformer à l’image narcissique voulue par ses parents. Bref, une sorte de pantin.

Que dire des victimes? La cible idéale semble être une personne droite ayant des valeurs morales, généreuse, prête à toutes les concessions. S’y ajoutent également ceux qui bénéficient d’un statut dans la société, eux-mêmes ou leurs proches. Le début de la relation est marqué par le grand jeu : largesses, gentillesses, en réalité une prise de possession. L’entourage éprouve généralement une « sensation indéfinissable » mais, sentant la critique, le pervers joue les martyrs et isole lentement sa victime.

Après le grand jeu viennent les remarques intentionnellement dénigrantes souvent accompagnées d’un grand sourire discordant. Lorsque la victime se rebiffe, on lui reproche de pas avoir le sens de l’humour. Et si elle éclate en sanglots, le pervers y voit l’indice de graves problèmes psychologiques prouvant quelle qu’elle est gravement atteinte, et l’invite donc à se soigner.

Maître Cohen insiste encore sur le mode de fonctionnement psychologique qui caractérise le pervers: besoin d’être au centre du monde, envieux, ne supportant pas le bonheur des autres, menteur pathologique, toujours charmant en société mais tyrannique en privé, expert en manipulation, ne respectant pas les lois, n’hésitant pas à falsifier des documents et à répandre des fausses rumeurs dans le but de diaboliser sa victime et lui soustraire les enfants….

Riche d’une vingtaine d’années d’expérience, Me Cohen débusque quelques pièges qu’il convient d’éviter au plan juridique. Médiation ou divorce par consentement mutuel sont souvent des moyens utilisé par le prédateur afin de contraindre la victime à renoncer à un grand nombre de ses droits, car épuisée elle voudra en finir au plus vite. D’autant plus que la victime a beaucoup de mal à prouver sa bonne foi. Terrorisée et à bout de nerfs, comment saurait elle se défendre face aux accusations mensongères?

Les derniers chapitres proposent des conseils pratiques et juridiques.

Compte tenu de la destruction morale opérée par le pervers, qui se traduit dans le chef de la victime par un intense sentiment de culpabilité et de perte de confiance en soi, le thérapeute – comme le souligne Marie-France Hirigoyen – prendra soin, dans un premier temps et par priorité d’établir avec la victime une stratégie lui permettant de se sortir de la situation, en évitant à ce stade de travailler le comment on en est arrivé là (ce n’est que beaucoup plus tard qu’il sera possible d’entamer un travail axé sur l’introspection.

Guide extrêmement complet, émaillé de nombreux exemples. L’auteur maîtrise parfaitement le sujet, tant humainement que juridiquement.

www.leconjointpredateur.com
 

Irvin Yalom, L’Art de la Thérapie , Editions Gaalade

Irvin Yalom, psychiatre, psychanalyste et thérapeute de groupe est également l’auteur de nombreux romans et essais. Ces ouvrages sont des best-sellers traduits en de nombreuses langues, plus de sept millions de livres vendus !

Dans chaque livre, quelle qu’en soit la forme, il explore l’âme humaine, les arcanes de la pensée, les liens entre l’histoire et un phénomène de société (Le problème Spinoza, La malédiction du chat hongrois, Et Nietzche a pleuré, Au cœur de la nuit, Mensonges sur le divan…). Etablir, en partant de l’expérience de la vie intérieure, des liens et rendre plus compréhensif le présent à la lumière du passé. Et vice-versa.

L’Art de la thérapie s’adresse à de jeunes psychothérapeutes, mais aussi à tous les professionnels de la relation. Avec ses dons de conteur, l’auteur tente de transmettre près d’un demi-siècle d’expérience en tant que thérapeute, de motiver une nouvelle génération dont l’avenir lui semble bien sombre. En cause: la crise économique qui favorise des thérapies trop courtes et peu substantielles ; des écoles de formations trop souvent dogmatiques ; et, surtout, trop de psychothérapeutes semblent faire l’impasse sur leur travail thérapeutique personnel (il insiste sur la nécessité d’une « tranche » tous les cinq ans ainsi que sur la participation à des groupes de soutien, composés de thérapeutes et de cliniciens).Irvin Yalom accorde également une grande l’importance au fait d’avoir une pratique de thérapie de groupe, tant comme participant que comme thérapeute). « Soyez patient en face de tout ce qu’il y a d’irrésolu dans votre cœur et essayez d’aimer les questions elles-mêmes » semble le maître-mot de cet ouvrage-conseils, parsemé d’anecdotes et de dévoilements, d’observations formulées à partir de ses notes et puisées dans sa pratique, associées à ses réflexions philosophiques et éthiques.

Au commencement de la thérapie ? La relation !

La thérapie ne doit jamais être conduite par la théorie, mais au contraire par la relation avec le patient : un processus de dévoilement graduel, le respect d’une frontière délicate entre un peu et pas trop d’objectivité. Tenir scrupuleusement compte de chaque nuance des comportements réciproques, patient-thérapeute. Parvenir à pénétrer exactement l’univers du patient, vérifier ses hypothèses. Ici la prise de notes et la lecture de ces mêmes notes avant chaque séance s’avère indispensable. Contrôler l’ici et maintenant, par exemple en terminant une séance avec la question : « Comment avons-nous travaillé aujourd’hui ? ».

« Oubliez l’écran blanc », « soyez vous-même ».

Utiliser les rêves, d’abord une partie d’un rêve et cela de manière pragmatique. Le garder en notes et en mémoire pour plus tard. Mais être très attentif aux rêves concernant le thérapeute.

Aborder la mort, le plus tôt possible, et se souvenir des dates marquantes dans le parcours du patient.

Yalom utilise également les techniques de la chaise vide, de la rédaction d’épitaphe ainsi que du travail avec des photos de familles…

Il termine cet ouvrage en évoquant les privilèges de la pratique sans oublier ses risques et suggère une série de mesures de protection.

L’ouvrage aborde ainsi les aspects et les enjeux fondamentaux opérant dans les psychothérapies. Leçons données tout en souplesse même si le ton peut paraître léger, voire anecdotique.

 

Vassilis Kapsambelis (sous la direction de), Manuel de psychiatrie clinique et psychopathologique de l’adulte, P.U.F., collection Quadrige/Manuels

Ce manuel, dont j’estime qu’il ne tardera pas à s’avérer indispensable à tout travailleur de santé mentale, nous offre les outils pour organiser l’observation des symptômes psychopathologiques permettant d’établir un diagnostic différentiel.

Pour rappel, le diagnostic est une relation à trois :
  • celui qui pose le diagnostic ;
  • celui qui souffre ;
  • les symptômes de celui qui souffre (l’expression de son mal-être et l’exploration de sa partie non-malade).
Depuis son avènement la psychiatrie interroge ce dialogue à trois. Elle semble toutefois bien loin d‘être un long fleuve tranquille pour peu que l’on retrace son histoire et celle des pratiques psychothérapeutiques, échelonnées de conflits, de ruptures, de continuités et de discontinuités ainsi que de transmissions. Cependant ce dialogue est constamment enrichi de nouvelles expériences et découvertes scientifiques (psychanalyse, neurosciences, approches sociocommunautaires et institutionnelles, psychologie cognitive, etc…). Et si elles paraissent parfois toutes parfaitement compatibles entre elles – voire complémentaires -, on observe le plus souvent qu’elles s’ignorent.
Ce manuel nous propose une synthèse des différentes approches ainsi que de leur ancrages traditionnels (par exemple: les critères pour décrire les délires ne sont pas les mêmes dans les traditions française et anglo-saxonne).
Vassilis Kapsambelis, qui a dirigé cette publication, signe le chapitre consacré à la séméiologie psychiatrique, c’est-à)-dire des quelques centaines de termes élaborés dès le XIXe siècle pour décrire les troubles quantitatifs et qualitatifs. Correctement effectué, ce déchiffrage marque la base de toute rencontre thérapeutique.
André Galinowski reprend, quant à lui, l’évolution des neurosciences qui se sont développées au cours des années 1960 et 1970 et qui se sont d’ailleurs imposées depuis lors (électrophysiologie, génétique, etc.).
Chacune des diverses approches thérapeutiques est longuement développée par un spécialiste reconnu du domaine traité et suivie d’une bibliographie de base. Le psychodrame et ses différentes variantes font l’objet d’un chapitre fouillé.
S’agissant des aspects législatifs, la matière se centre essentiellement sur la France.
La partie la plus importante de ce volume est consacrée à la clinique, à son approche traditionnelle ainsi qu’aux différentes classifications internationales (avantages et désavantages, le tout illustré par quelques cas cliniques). La classification DSM est présentée dans sa version de l’an 2000 qui présente la caractéristique de regrouper sous l’appellation « troubles anxieux » quasiment toutes les pathologies névrotiques à l’exception des troubles hystériques. La nouvelle classification CIM est annoncée pour l‘an 2014.
Les auteurs tiennent à insister qu’en aucun cas l’une quelconque des entités psychopathologiques identifiées ne saurait remplacer l’analyse clinique.
S’agissant des chapitres cliniques, ils sont répartis comme suit: pathologies névrotiques, psychotiques, troubles de l’humeur, addictions, troubles alimentaires, démences et psychopathologies…
Quoique l’ouvrage – comme l’indique son titre – traite essentiellement de la clinique de l’adulte, trois chapitres succincts y sont cependant consacrés à l’enfance, à l’adolescence et aux personnes âgées.
Robin Malgat fait le point sur la pharmacologie ainsi que sur les thérapeutiques biologiques.
L’approche des auteurs reflète leur philosophie de base et tend à démontrer que la psychiatrie ne peut en aucun cas devenir une méthode standardisée d’investigation. S’il est nécessaire de posséder les outils pour observer et approfondir la connaissance des troubles psychopathologiques, la rencontre avec la personne qui souffre reste néanmoins centrale. Car c’est à travers ce lien et l’intégration des aspects techniques qu’une thérapeutique valable pourra se mettre en place.

 


Nathalie Zayde et Tobie Nathan, La psychothérapie démocratique, Odile Jacob

Consulter un psychothérapeute n’est pas a priori une démarche anodine. N’empêche – nous rappelle Tobie Nathan – que c’est dans notre propre boîte noire qu’il va falloir trifouiller en prenant le risque de mettre à mal nos attaches les plus profondes.

Du côté des thérapeutes, on trouve des orientations extrêmement diversifiées, réunies dans de nombreuses corporations qui trop souvent se caractérisent par une absence de transparence. Tobie Nathan s’étend longuement sur les qualités nécessaires à tout bon thérapeute et fournit à ce propos un certain nombre d’outils permettant de séparer le bon grain de l’ivraie.

A ce sujet, un élément indispensable et habituellement absent c’est de pouvoir récolter et confronter les témoignages des patients. Ce qui s’avère en fait plus important même que l’étude des cas. En ethnopsychiatre, Tobie Nathan aborde la notion de traumatisme, présente dans toutes les cultures et illustrée ici par un certain nombre de cas cliniques, à travers des approches respectueuses des traditions de chacun et en cohérence avec elles. Il nous rappelle également que le travail psychique des traumatismes a constitué en son temps la base des premières recherches psychanalytiques vers 1900.

Les deux auteurs consacrent plusieurs chapitres aux traumatismes psychiques résultant de violences, guerres, massacres, terreur politique….

Nathalie Zayde, spécialiste de l’enfant caché, nous explique que dans tout traumatisme on constate la présence d’un tiers au sein de la relation thérapeutique dans la mesure où le traumatisme lui-même est toujours causé par une personne ou un événement extérieur et elle illustre cette théorie par une série de cas cliniques.

Sur un autre plan, elle analyse également les logiques d’initiation dans les sociétés traditionnelles, c’est-à-dire le fait de subir un traumatisme volontaire ou symbolique occasionné dans le but de faire renaître l’individu comme conforme à sa communauté d’appartenance.

Sous un titre relativement provocateur, Tobie Nathan s’est fait l’avocat du diable afin de mieux nous mettre en garde contre de nombreuses dérives possibles de la psychothérapie, laquelle – comme nous le rappellent les deux auteurs – doit être « démocratique », terme entendu ici au double sens de transparence et d’éthique.

La psychothérapie demeure en fait le seul espace d’initiation personnelle, l’unique lieu où l’on puisse réellement prendre du temps pour s’adonner à la rêverie et à la pensée, mais ce à la condition toutefois de respecter scrupuleusement toutes les règles qu’impose la rigueur.

La psychothérapie, ils y croient. Mais, insistent-ils, préservons-la des apprentis sorciers et amateurs en mal d’abus de pouvoir…

Essai rafraichissant.