Trop souvent les thérapeutes de couples ou médiateurs familiaux et juridiques se trouvent confrontés à des tentatives de manipulation de la part de conjoints prédateurs, détruisant encore davantage « l’autre ».

Partant de son expérience en tant qu’avocate, Sophie Cohen décrypte ce phénomène de société qui n’a cessé de s’amplifier au cours de ces dernières années. On en parle peu dans la mesure où le prédateur s’avance prudemment, veillant à donner toujours une belle image de lui. Cependant sa dangerosité est sans limite et difficilement identifiable. Il ou elle – le plus souvent il – s’avance masqué, causant des dégâts considérables.

Comment repérer les premiers signes des agissements de ces prédateurs ? Comment s’en protéger et s’en dégager ? Le processus destructeur engagé par ces pervers narcissiques laisse des traces profondes, débouchant sur un véritable anéantissement psychologique.

Il y a quinze ans, la psychanalyste Marie-France Hirigoyen a été une des premières à aborder ce phénomène du harcèlement moral et de la perversion au quotidien. Une destruction qui se réalise par le biais d’une violence insidieuse. En privé, sans témoins. La victime est contrainte de se conformer, petit à petit, à son agresseur, dans un déni total de sa personnalité. Elle n’a plus de pensée et devient une chose : sa chose.

Cependant, lorsque la victime réagit ou veut quitter le partenaire prédateur – à ce moment, elle est déjà le plus souvent épuisée, vidée de toutes ses énergies et totalement piégée par les menaces et les manipulations – le prédateur n’hésite devant aucun moyen pour l’anéantir.

Le pervers est décrit comme un grand enfant dans un corps d’adulte, il perçoit et traite son partenaire comme son « jouet » qu’il préfère casser dès lors qu’il tentera de lui échapper. Matérialiste, il manifeste un rapport obsessionnel vis-à-vis de l’argent. Plus il semble posséder et plus il a le sentiment d’exister. Dans la vie de couple, il s’arrange, afin d’assumer la gestion matérielle et de faire ainsi main basse sur le patrimoine familial.

L’enfance des prédateurs semble marquée par la négation de leur propre personnalité. Très jeunes, ils ont été obligés de se construire une personnalité factice afin de se donner l’illusion d’exister et de se conformer à l’image narcissique voulue par ses parents. Bref, une sorte de pantin.

Que dire des victimes? La cible idéale semble être une personne droite ayant des valeurs morales, généreuse, prête à toutes les concessions. S’y ajoutent également ceux qui bénéficient d’un statut dans la société, eux-mêmes ou leurs proches. Le début de la relation est marqué par le grand jeu : largesses, gentillesses, en réalité une prise de possession. L’entourage éprouve généralement une « sensation indéfinissable » mais, sentant la critique, le pervers joue les martyrs et isole lentement sa victime.

Après le grand jeu viennent les remarques intentionnellement dénigrantes souvent accompagnées d’un grand sourire discordant. Lorsque la victime se rebiffe, on lui reproche de pas avoir le sens de l’humour. Et si elle éclate en sanglots, le pervers y voit l’indice de graves problèmes psychologiques prouvant quelle qu’elle est gravement atteinte, et l’invite donc à se soigner.

Maître Cohen insiste encore sur le mode de fonctionnement psychologique qui caractérise le pervers: besoin d’être au centre du monde, envieux, ne supportant pas le bonheur des autres, menteur pathologique, toujours charmant en société mais tyrannique en privé, expert en manipulation, ne respectant pas les lois, n’hésitant pas à falsifier des documents et à répandre des fausses rumeurs dans le but de diaboliser sa victime et lui soustraire les enfants….

Riche d’une vingtaine d’années d’expérience, Me Cohen débusque quelques pièges qu’il convient d’éviter au plan juridique. Médiation ou divorce par consentement mutuel sont souvent des moyens utilisé par le prédateur afin de contraindre la victime à renoncer à un grand nombre de ses droits, car épuisée elle voudra en finir au plus vite. D’autant plus que la victime a beaucoup de mal à prouver sa bonne foi. Terrorisée et à bout de nerfs, comment saurait elle se défendre face aux accusations mensongères?

Les derniers chapitres proposent des conseils pratiques et juridiques.

Compte tenu de la destruction morale opérée par le pervers, qui se traduit dans le chef de la victime par un intense sentiment de culpabilité et de perte de confiance en soi, le thérapeute – comme le souligne Marie-France Hirigoyen – prendra soin, dans un premier temps et par priorité d’établir avec la victime une stratégie lui permettant de se sortir de la situation, en évitant à ce stade de travailler le comment on en est arrivé là (ce n’est que beaucoup plus tard qu’il sera possible d’entamer un travail axé sur l’introspection.

Guide extrêmement complet, émaillé de nombreux exemples. L’auteur maîtrise parfaitement le sujet, tant humainement que juridiquement.

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